Fred Fliege

Centre Européen de Psychologie clinique et Psychanalyse (CEPPA)

Centre Européen de Psychologie clinique et Psychanalyse (CEPPA)

 

Les formations du CEPPA sont destinées aux futurs psychologues, psychothérapeutes, psychanalystes, et autres professionnels de la santé mentale ; aux urgentistes (médicaux et paramédicaux) et médiateurs (chargés de désamorcer ou apaiser des conflits de tout ordre) ; mais aussi au grand public, aux entreprises, aux travailleurs sociaux et éducateurs spécialisés ; enfin à tous ceux désirant acquérir des connaissances dans la prise en charge du stress post-traumatique, dans la médiation, en psychologie clinique ou en psychanalyse.

Débouchés professionnels : Tous nos étudiants – et notamment ceux qui aspirent à embrasser une carrière de chercheur – sont invités à participer activement aux recherches qui sous-tendent notre enseignement. Après réussite aux examens de fin de cursus, ils se voient décerner un certificat attestant de leurs compétences dans les matières choisies.

Toutes les formations du CEPPA sont dispensées sous forme de cours magistraux, de travaux dirigés, de séminaires et d’ateliers.

(Note : La terminologie souvent assez technique et pointue, utilisée dans cette présentation, sera explicité en termes intelligibles et à la portée de tous, au cours des formations.

 

Le Débriefing psychologique

 

Ce cursus constitue à la fois l’une des principales spécificités et la partiecentrale de l’enseignement proposé par le CEPPA. Il a été initialement conçu à l’attention detous ceux – secouristes, personnels d’entreprises, d’établissement scolaires, spécialisés ou hospitaliers– qui se voient confrontés, dans le cadre de leur métier, à des situations d’urgence ou de crise.

Le principal propos de cette formation consiste à initier les participants – et même ceux qui sont parfaitement novices en matière de psychologie – à la technique du débriefing. Si cette approche thérapeutique a fait ses preuves depuis près d’un siècle, le CEPPA, en coordination avec SOS-PSY, l’a profondément révisée, en vue de la rendre accessible au plus grand nombre, et opératoire dans les circonstances les plus diverses.

 

Si la connaissance théorique et le maniement pratique du débriefing s’avèrent essentielspour les professionnels de la santé mentale, ils représententaussi un outil profitable pour les particuliers, et notamment ceux susceptibles de rencontrer, dans leur sphère privée ou professionnelle, un événement potentiellement traumatisant, un accès psychopathologique d’un tiers ou toute sorte de crise comportant une contrepartie psychologique.

Conjuguant rigueur méthodologique et souplesse intuitive, cette technique psychologique permet notamment la prise en charge efficace de personnes ayant subi un choc traumatique.

D’ailleurs, le recours au débriefing, encore assez méconnu, se révèle assez simple et aisée, à la seule condition qu’on se conforme aux instructions ici précisées, et notamment celles qui explicitent le contenu, la forme et la succession de ses étapes thérapeutiques.

Si l’on respecte ces directives, on peut appliquer cette technique dans les situations les plus ardues, pour dénouer des conflits individuels ou collectifs, et apporter un soutien efficace à des personnes en grande détresse psychique et/ou gravement traumatisées.

 

Dans ce volet de la formation CEPPA, nous commencerons par vous présenter l’activité de SOS-PSY, une ONG internationale d’intervention psychoclinique ; et d’introduire à ses principes fondateurs, ses objectifs, sa méthodologie et son action sur le terrain.

Afin d’illustrer le travail qu’accomplit cette association au quotidien, nous avons retranscrit des exemples concrets, représentatifs de son expérience psychoclinique et de son action thérapeutique, ainsi que les témoignages de patients et d’intervenants.

 

Dans la dernière partie de cet enseignement, nous exposerons les avancées récentes de nos recherches sur la méthodologie et la pratique du débriefing, et notamment celles portant sur les procédésà mettre en œuvre pour permettre aux victimes d’un choc traumatique de métaboliser symboliquement leur vécu douloureux, et de recouvrer leur place de sujet.

Ce chapitre ne manquera pas d’intéresser tous ceux qui s’attèlent à l’exploration de l’appareil psychique, et qui sont confrontés aux questions que soulève le fonctionnement de l’inconscient.

 

Fondements historiques du débriefing

 

Le débriefing puise ses sources premières dans les répercussions psychiques qu’ont produites les affrontements meurtriers de la Première Guerre mondiale sur des milliers de soldats américains.

 

Ceux-ci, déclarés « inaptes au combat, mais ne présentant aucune lésion physique », étaient alités dans les baraquements sanitaires, à l’arrière des tranchées et des champs de bataille.

Les généraux U.S. recensaient alors d’innombrables cas de traumatisations psychologiques, rendant inopérants les combattants touchés par ce phénomène.

 

Au vu de l’étendue inquiétante des préjudices que ce ‘problème’ menaçait de causer à l’armée américaine, on chargeait des psychologues de tout mettre en œuvre pour remettre sur pied les traumatisés.

C’étaient donc des préoccupations d’ordre purement stratégique qui ont amené ces praticiens à mettre au point une thérapie ad hoc, censée rendre à nouveau opérationnels les miliaires en état de choc.

Cependant, ce n’était qu’en 1983 que le psychologue américain Jeffrey Mitchell a redéfini, en s’appuyant sur un référentiel cognitif, ce prototype de prise en charge post-traumatique, auquel il a donné le nom de débriefing.

 

Suite à la vague d’attentats qui a frappé la capitale française en 1995, une dizaine de psychologues, dont moi-même (et quelquesfuturs intervenants de SOS-PSY et formateurs du CEPPA), avonsmis en place, dans l’urgence, une cellule de crise afin de porter secours aux victimes.

 

Parmi les rescapées de ces attaques, nous avons rapidement établi une distinction entre victimes « primaires », « secondaires » et « tertiaires ».

Les premières étaient grièvement blessées, et certaines d’entre elles risquaient de rester mutilées.

Les deuxièmes, physiquement indemnes ou ne présentant que des lésions superficielles, avaient été témoins directs de ces atrocités.

Enfin, les dernières avaient pris connaissance de ces événements de façon indirecte, que ce soit par la bouche d’un proche ou par les médias. Cependant, en apprenant ces faits effroyables, même ces personnes-là avaient parfois subi un choc majeur, qui nécessitait notre intervention.

 

Dans une proportion impressionnante, les témoins directs ou indirects de ces cataclysmes souffraient de symptômes liés au stress post-traumatique (SSPT).

En procédant à un premier bilan sur les répercussions psychologiques de ce désastre sur les victimes, nous avons fait un constat qui nous paraissait, à première vue, assez contradictoire.

Contre toute attente, la plupart de ceux qui avaient été atteintes dans leur intégrité corporelle présentaient des traumas psychiques moins sévères que les autres.

 

Tout se passait comme si leurs lésions corporelles les avaient en quelque sorte « protégés » contre une effraction pathogène de leur appareil psychique. Leurs défenses psychiques s’étaient avérées plus efficaces que celles des autres, qui avaient réchappés aux ravages matériels provoqués par la déflagration des bombes.

Il faut dire que, dans le Paris de cette époque, la population était épouvantée et une panique générale se propageait comme un feu de broussailles.

 

Les pouvoirs publics, dépassés par le chaos ambiant, et trop débordés pour rétablir un semblant d’ordre, se montraient dans l’incapacité de nous seconder dans notre travail, et de se concerter avec nous afin de nous faciliter de mener à bien notre tâche.

Ainsi, c’était en parfaite indépendance, avec le seul aval des autorités, que nous nous sommes attelés à notre devoir. Après avoir mis en place une antenne téléphonique, nous sommes intervenus auprès des victimes, que ce soit en milieu hospitalier, à domicile ou dans la rue.

 

Afin de mettre en œuvre un dispositif thérapeutique adapté aux besoins de nos patients, nous nous sommes appuyés sur le procédé, déjà existant, du débriefing. , la technique psychologique inventée par les Américains durant la Première guerre mondiale.

Nous avons immédiatement fait appel à cette méthode pour prendre en charge les victimes, et pour éviter le déclenchement d’un « syndrome post-traumatique ».

Au cours de nos interventions, nous avons exploré la nature des traumatismes subis par des témoins directs ou indirects de ces cataclysmes.

Nous n’avons pas tardé à découvrir que – contrairement à ce qu’avaient supposé, en 1916, les concepteurs du débriefing – la gravité des atteintes psychiques était sans commune mesure d’avec celle, « objective », des incidents à l’origine des traumatismes.

En examinant les personnes auxquelles nous apportions notre soutien, nous nous sommes rendus à l’évidence que la seule la signification subjective, que revêtait pour le patient le facteur événementiel, présentait une véritable pertinence clinique.

Du point de vue métapsychologique, l’intensité ou la nature des faits concrets à l’origine du choc, se révélaient dès lors, sinon anecdotiques, du moins négligeables et secondaires, quant à leur impact sur le vécu subjectif du patient.

Dans une optique psychoclinique, la signification subjective de l’événement déclenchant l’emportait donc largement sur la dimension « objective » des préjudices tangibles qu’avait subis la victime.

Ainsi, de simples témoins des événements destructeurs, souffraient souvent de chocs post-traumatiques majeurs, et fortement invalidants.

En quelques jours, une cinquantaine de psychologues s’est jointe à notre initiative.

En marge de nos interventions, nous avons constaté l’émergence inquiétante d’une grande détresse morale, s’étendant à toutes les couches de la population, et dont l’ampleur dépassait les prévisions les plus alarmistes.

Trois ans plus tard, face à la prolifération exponentielle de nouvelles pathologies (tels les « états-limites »), de la dépression et des suicides, et devant le désistement et la passivité des autorités sanitaires, nous nous sommes résolus à fonder l’association SOS-PSY – qui incluait déjà le volet formateur CEPPA –, en 1998.

 

Les versions « formalistes » du débriefing

 

A l’heure actuelle, on utilise plusieurs modèles de débriefing. La technique la plus répandue aux Etats-Unis, le CISD (‘Critical Incident Stress Debriefing’ – de Mitchell) est fondée sur une approche strictement cognitive. Elle préconise l’emploi d’un protocole méticuleusement structuré en une multitude d’étapes, de sous-étapes et d’injonctions extrêmement détaillées et contraignantes.

Se déroulant généralement en une seule séance, il ne laisse aucune place à l’intuition de l’intervenant, ni à l’expression spontanée et subjective des victimes.

Le psychologue, dont la fonction est réduite à une dimension pédagogique, se borne à prodiguer, à ses patients, des conseils plus ou moins avisés, et préétablis.

Le modèle qui s’impose actuellement chez les professionnels de la santé mentale dans l’espace francophone, désigné par le sigle IPPI (Intervention Psychothérapeutique Post-Immédiate), revendique explicitement son « inspiration psychanalytique », et ambitionne de « ne pas forcer l’énoncé du récit par les victimes ».

Néanmoins, force est de constater que la conception parfaitement protocolaire et la multiplication protéiforme de ses différentes étapes et consignes, d’ailleurs fort directives, se révèlent non seulement peu fécondes, mais comportent aussi le risque d’aggraver la confusion mentale chez des patients déjà passablement désorientés.

Pour avoir longuement étudié et appliqué – au sein d’une organisation de psychologues, dénommée « G.I.P. » (Groupement d’Intervention Post-traumatique), et qui a déposé le bilan il y a une dizaine d’années – les techniques de débriefing du type IPPI, les cliniciens et enseignants du CEPPA, ainsi queles membres de SOS-PSY, ont dû faire le constat qu’elles s’apparentaient largement à celles, pourtant décriées par les adeptes de l’IPPI, du CISD (d’une orientation purement cognitiviste).

Elles produisaient l’effet de devinettes inutilement compliquées, et les victimes butaient invariablement sur leurs ramifications surabondantes, aux dédales labyrinthiques.

Ces protocoles ne manquaient pas de gêner le bon déroulement des entretiens ; ils s’avéraient susceptibles d’obstruer la circulation libre d’une parole vraie, voire d’ajouter aux tourments des victimes.

Par conséquent, et compte tenu de la complexité alambiquée et essentiellement formaliste de ces procédures, souvent futiles et potentiellement nocives pour les patients, le comité de recherche du CEPPA a opté pour échafauder son propre modèle du débriefing.

 

La conception du débriefing par le CEPPA

 

Critères thérapeutiques

 

La condition sine qua non, pour pouvoir bénéficier de cette prise en charge, réside en ce que l’intéressé(e) ait explicitement énoncé son désir de participer à une séance de débriefing.

Il est indiqué qu’un psychologue procède à une évaluation psychoclinique des candidats au débriefing, afin de s’assurer de leur aptitude psychique à répondre aux exigences requises pour entreprendre une telle démarche.

Le diagnostic préliminaire consiste aussi à déterminer si le patient nécessite une hospitalisation d’urgence (p.ex., en cas de décompensation psychotique et/ou de la présence de lésions organiques).

 

Spécificités méthodologiques

 

D’après notre expérience clinique, la méthode du débriefing –complètement remaniée par nos soins – se révèle la plus appropriée pour intervenir en situation d’urgence, et prendre en charge des sujets qui viennent de subir un choc traumatique.

 

Cette technique innovatrice, mise au point par le CEPPA, constitue l’une des spécificités majeures de l’association, et la distingue de tous les autres groupes psychocliniques, dont beaucoup ont pourtant fini par s’inspirer de notre méthodologie et de notre praxéologie.

 

Composée de plusieurs étapes successives, le débriefing s’opère de préférence dans la limite de 72 heures suivant un événement potentiellement traumatisant (accident, agression, etc.).

Mais, il peut aussi se montrer adapté pour soigner certains troubles psychiques de longue durée, surtout si ceux-ci ont pour cause une série relativement homogène de traumas réitérés (tels ceux issus de la maltraitance) ou un traumatisme unique (tel celui déclenché par une agression violente).

Si le débriefing est toujours indiqué pour traiter des traumas de type 1 (évènement unique), il s’avère souvent opérant pour endiguer des traumas de type 2 (tels les effets de chocs répétés ou ceux procédant d’un harcèlement moral prolongé).

 

Son objectif est de prévenir la constitution d’une pathologie post-traumatique chronique, et, in fine, de permettre au patient de recouvrir sa position de sujet.

 

Au cours de nos investigations, nous avons constaté qu’il était superflu, voire importun, de le différencier du « defusing » que d’aucuns réservaient à l’intervention in situ, comme sur le lieu même d’un drame.

Afin de garantir l’efficacité maximale, à la fois préventive et curative, de la stratégie du débriefing, il est primordial de maintenir une distinction nette entre ses trois principales étapes, qui se différencient de par leurs contenus et leurs procédés respectifs.

De plus, il est indispensable (à de rares exceptions près) de respecter rigoureusement l’ordre et la succession de ces différentes phases.

 

Enfin, lorsqu’une victime se trouve en état de choc, on peut faire abstraction du « principe d’abstinence », qui constitue pourtant une règle fondamentale des principes de la psychologie clinique.

 

Par exemple, il ne faut pas hésiter à établir un contact physique avec la victime. Afin de l’arracher à son éprouvé de solitude intérieure, caractéristique d’un vécu traumatique, on doit parfois la toucher de façon affectueuse et bienveillante, par exemple en lui tapotant l’épaule ou en lui tenant la main.

Dans une perspective analogue, en vue de créer un climat de confiance, et pour signifier au patient qu’il n’est pas seul, le psychologue ne s’interdira pas de parler un peu de lui-même.

 

 

Les trois étapes du débriefing

 

Il faut d’abord souligner que le psychologue incarne la position de garant de la continuité d’un rapport psychoaffectif (transfert) positif avec et entre le(s) participants(s) du débriefing. Ce lien transférentiel se situera à cheval entre la relation duelle (de type maternel ou fraternel) et celle « tiercisée » (relevant du père symbolique).

 

Enfin, avant de commencer le débriefing, et pour « donner le ton » censé présider aux considérations factuelles de la première phase, l’intervenant rappellera succinctement les impératifs concrets et pratiques (qui contribuent, de fait, à étayer le cadre du dispositif thérapeutique) de la réunion.

 

Si, au cours des deux premières étapes du débriefing, on tente de « biaiser » avec le côté strictement émotionnel du choc traumatique, et de le reléguer provisoirement au second plan, c’est surtout pour donner à la victime les moyens d’y revenir, par la suite, de façon plus approfondie, et de reconsidérer l’événement sous un nouvel angle (étape 3°).

 

 

Médiation

 

L’association se propose d’intervenir en tant que médiateur

Cette technique psychologique, destinée à un vaste public – des particuliers jusqu’aux ONG internationales – consiste à dénouer des conflits individuels, àrésoudre ou apaiser des différends collectifs (familiaux, conjugaux, intercommunautaires), y compris lors de conflits armés ou en situation de guerre.

 

Voici le récit d’un exemple concret de médiation : Il y a quelques années, on m’a envoyé en Thaïlande :

J’étais chargé de former mes homologues locaux aux techniques de médiation, de superviser les tractations avec les insurgés du Sud, et de mettre en place une antenne de SOS-PSY à Bangkok, à Phuket ou à Pattaya.

J’étais aussi censé dispenser des soins psychologiques aux étrangers en détresse, et fonder une clinique en association avec mes collègues thaïs.

 

Mes associés français et moi avions créé, pour l’occasion, une succursale de SOS-PSY, appelée SOS-PSY Asia, et obtenu un téléphone thaï.

Après trente heures d’un vol éreintant, d’une durée de trente heures, de Paris et avec une escale de six heures à Séoul, je suis arrivé à Phuket, un 29 décembre à minuit vingt.

A l’atterrissage, la température extérieure était de 35C°.

La mine des flics des frontières me paraissait moins hostile que celle de leurs congénères français.

Sans me chercher de noises, ils se contentaient de me toiser d’un air soupçonneux.

A la sortie du hall de l’aéroport, j’étais accueilli par deux envoyés officieux du gouvernement, qui se sont présentés comme Tim et Mannoun.

Sans s’étendre sur des détails, ils m’ont escorté à Yala, où j’étais supposé initier mes confrères aux méthodes de médiation.

Dès notre arrivée le lendemain soir, j’ai compris que ma mission ne se limiterait pas à l’instruction de futurs médiateurs.

Nous avons débarqué au beau milieu d’une fusillade, quand l’un de mes accompagnateurs m’a collé un mégaphone dans les mains. Il m’a demandé de chercher à calmer les protagonistes de la mêlée.

Sachant d’expérience que la fermeté et la sérénité étaient la clé de toute négociation, j’ai demandéà la ronde, et surtout aux combattants un « bref cessez-le-feu pour me laisser dire quelques mots ».

Ainsi, c’était dans le feu de l’action que je devais dispenser leur première leçon à mes futurs élèves.

Je criais qu’il valait mieux accepter de m’écouter pendant quelques minutes que de nous entretuer un par un, et pour rien.

A mon étonnement, les armes se sont tues presque instantanément.

Réussissant à surmonter mon appréhension, je profitais du calme soudain pour informer l’assemblée de mon rôle et de mes intentions.

J’expliquais qu’il s’agissait, pour chacune des parties, de dresser une liste des points d’accord possibles, des divergences irréductibles – avec lesquelles il fallait vivre – et celles susceptibles de faire l’objet d’un compromis.

Quand j’avais terminé, je retenais mon souffle, certain d’être abattu d’une rafale d’AK 47.

Mon discours était suivi d’un long silence.

J’ai fini par apercevoir, à côté d’une maison en ruines, un homme à l’air calme, sérieux et intelligent, appuyé négligemment sur une mitraillette.

Portant un kaftan blanc et un turban noir, il me paraissait être l’un des leaders des insurgés.

Sentant qu’il ne fallait pas laisser passer ce moment de grâce, j’avançai vers lui. Quand mes escorteurs m’ont emboîté le pas, les rebelles en face levèrent leurs armes.

Je me retournais vers les gouvernementaux, et leur demandais « un instant en tête à tête » avec « celui qui avait l’air de contrôler la situation ».

Ils se sont résignés en maugréant.

Je m’approchais du chef présumé, et le saluais à la façon musulmane en me frappant le cœur après lui avoir serré la main.

J’ai dit « Salam malaïkum, my name is Fred », et il me répondit « malaïkum Salam, I am Ali ».

Puis, je lui ai révélé que j’appartenais au groupe d’intervention psychologique SOS-PSY, une ONG française. Son visage s’est éclairé, et il affirmé, l’air rayonnant, qu’en France, vingt pour cent de la population étaient musulmans.

Sur le coup, il me paraissait peu opportun de rectifier cette estimation hasardeuse.

Ensuite, je lui ai proposé de nous asseoir pour noter par écrit les revendications de son groupe d’insurgés.

Il a répliqué que ce n’était pas grand’ chose : « La reconnaissance de l’Islam comme l’une des religions officielles de la Thaïlande, une station radio et un programme télévisé pour les musulmans ».

Ali a alors appelé un jeune garçon. Ce dernier consignait, en thaï et en malais, ce que son chef lui dictait.

Conscient du fait que le moment était propice à un rapprochement des parties, j’ai demandé à Ali si je pouvais faire venir mes nouveaux copains, les deux délégués gouvernementaux.

Il a acquiescé en fronçant les sourcils, et j’ai fait signe aux intéressés de se joindre à nous.

Après une longue conversation en thaï, à laquelle je ne comprenais rien, Ali s’est tourné vers moi, et m’a confié que le gouvernement faisait la sourde oreille.

Au vu de l’urgence de la conjoncture, j’ai pressé mes acolytes de téléphoner à leurs supérieurs pour les informer de la situation tendue, et surtout de la possibilité – peut-être exceptionnelle- de la dénouer.

En effet, il me semblait qu’il ne fallait pas perdre une minute pour saisir cette occasion – qui s’offrait à nous, et qui ne se reproduirait sûrement pas – de résoudre un conflit aussi sanglant qu’absurde.

Ce fut Tim qui s’est chargé de donner le coup de fil.

Il parlait, pendant de longues minutes, la figure crispée. Tout d’un coup, sa mine s’est éclairé.

En raccrochant, il a lâché : « dii mark » (« très bien »).

Il a ouvertune mallette pour en extraire deux imprimés (rédigés respectivement en thaï, en malais et en anglais), du papier blanc et un stylo.

S’ensuivait un débat – dont Ali me traduisait le contenu – pour savoir s’il fallait consignerd’abord les concessions ministérielles ou les conditions et les modalités du cessez-le-feu.

Je m’adressai alors à mes mentors pour leur signifier qu’Ali me paraissait être « un homme de confiance », et qu’il était prioritaire de cosigner le protocole des promesses gouvernementales.

Et, alors que l’objectif des tractations était assez simple, les discussions au sujet de la formulation exacte des traités se poursuivaient jusqu’au lendemain après-midi.

Epuisé, j’ai fini par m’assoupir sur une natte en bambou.

J’ai sursauté quand Tim m’a touché l’épaule quelques heures plus tard.

Il m’a tendu une tasse de café brûlant que j’ai avalé en quelques lampées avant de revenir à moi-même.

A moitié endormi et complètement ankylosé, je parvenais tout juste à me relever péniblement, tout en me préparant mentalement à reprendre les négociations.

Cependant, à ma surprise, Tim me fit un clin d’œil, et dit : « Paï ! » (« on y va »).

Encore engourdi, je serrais des dizaines de mains, autant de civils que de rebelles et de militaires, avant de tituber aux côtés de Tim et de Mannoun vers l’avion qui nous avait amenés à Yala.

Dès que nous avons embarqué, Tim m’a annoncé fièrement que notre opération de conciliation venait de connaître un franc succès.

Mannoun allait jusqu’à me complimenter pour « avoir eu le courage d’initier le processus de paix ».

Je protestais pour la forme.

Brandissant trois feuillets, il m’informait qu’ils étaient, pendant que je dormais, « parvenus à élaborer et à faire signer un traité de paix et des accords bilatéraux » qui mettraient définitivement fin aux hostilités.

En parcourant le résumé anglais des engagements mutuels, je considérais l’ultime réussite de mes partenaires comme « le gâteau sous la cerise ».

C’était mon tour de féliciter mes compagnons pour la ténacité dont ils avaient fait preuve afin de réaliser cette entente.

Tim avouait ne pas y avoir cru, avant d’entendre l’assentiment de ses supérieurs, et de voir, de ses yeux, les rebelles accepter le cessez-le-feu.

Je ne savais si le fait d’avoir attendu d’être dans l’avion avant de me remettre ma récompense procédait de la simple prudence ou de l’intention de me réserver la bonne surprise pour le vol.

Toujours était-il que Tim m’a tendu, l’air guilleret, une liasse de billets en me priant de les compter.

Il y avait là la coquette somme de cinquante mille baht (mille deux cent euro environ).

Après l’atterrissage à Phuket, nous faisions une entorse à la pudeur thaïe en nous donnant l’accolade pour les adieux.

Projets

 

Le C.E.P.P.A. a pour objectif immédiat d’ajouter, à sa panoplie d’enseignements déjà mis en place, des formations qualifiantes et à valeur universitaire (en cours d’homologation officielle,donnant droit à des diplômes, des équivalences et de validations d’acquis).

 

Psychologie clinique et Psychopathologie

Objectifs : diagnostic, soins, prévention, accompagnement (de personnes dépendantes) ; et méthodologie : entretien clinique, tests projectifs (Rorschach, Szondi, TAT).

 

Psychanalyse : Théories et pratiques

Cette partie de la formation revêt une importance centrale dans l’enseignement dispensé par le C.E.P.P.A. Initialement conçue à l’intention des futurs psychanalystes, elle intéressera aussi les chercheurs en sciences humaines quis’attèlent à l’exploration de l’appareil psychique, ainsi que tous ceux qui sont confrontés aux questions que soulève le fonctionnement de l’inconscient.

 

Cure psychanalytique

A visée thérapeutique, la cure psychanalytique consiste, via l’actualisation d’une parole pleine (affectivement investie), en l’exploration de l’inconscient du sujet.

L’expérience clinique montre que la démarche psychanalytique, permet à l’analysant – en l’amenant à s’approprier symboliquement son histoire personnelle et ses incidences traumatiques – de réintégrer sa place de sujet.

Elle convie le patient à accepter et à entériner son propre désir, mais aussi son écart irréductible d’avec la réalité. Et, c’est pour ainsi dire ‘de surcroît’ qu’elle aboutit à la résolution des troubles, à la disparition des symptômes.

 

Exemple de l’articulation entre clinique, recherche et enseignement : La Structure psychique

Le concept de structure repose sur la différenciation fondamentale entre les niveaux manifeste et latent du fonctionnement psychique.

Elle commence à s’organiser dès la naissance du petit d’homme, voire dès sa conception, et durant sa vie intra-utérine, prénatale. D’après les résultats de nos recherches, elle représente un processus archaïque, le tout premier mécanisme défensif de l’appareil psychique.

De notre point de vue, la structure partage cette caractéristique avec le symptôme, et, à l’instar de celui-là, elle ne saurait en aucun cas être assimilée au sujet.

Les prémisses épistémologiques de notre enseignement impliquent un retour constant à la clinique. Ainsi, nous nous employons à confronter en permanence nos observations aux théorisations contemporaines de l’appareil psychique.

Selon les taxinomies actuelles des structures, le sujet ne saurait se soustraire aux termes de l’alternative d’être, ou non, inscrit dans l’ordre symbolique.

Ces classements se fondent donc sur une conception binaire, formelle, de l’appareil psychique.

Or, l’ensemble des données empiriques, que nous avons pu recueillir au cours de nos investigations cliniques, nous ont fourni des arguments probants en faveur de la relativité de l’organisation psychique. Par conséquent, nous nous inscrivons en faux contre l’idée de la permanence et du caractère immuable des structures.

En effet, la relativité – dont nous avons apporté la démonstration clinique (in : ‘Les Psychoses toxiques’, 2014) – du statut structurel de la position subjective, nous amène à récuser la doctrine, ayant cours jusqu’à ce jour, postulant une détermination absolue du psychisme.

Nous avons pu constater qu’une carence structurelle relève d’un certain positionnement subjectif, généralement intermédiaire, sur un axe reliant deux pôles, dont l’un serait défini par une place de sujet (correspondant à l’advenue satisfaisante de l’ordre symbolique), et l’autre une position d’objet (déterminée par des processus pulsionnels et imaginaires, et procédant d’une faille symbolique).

Les résultats de nos recherches tendent donc à réfuter non seulement l’aspect binaire des structures, mais encore l’irréversibilité des troubles psychiques.

 

Exemples quant à nos investigations sur les enjeux inconscients du lien social (voir ‘Malheur dans la cié’)  : 1. Comprendre les crises qui affectent les mécanismes du lien social, et l’impact de ces crises sur la genèse et le traitement des désordres mentaux.

  1. Echafauder l’hypothèse quant à une corrélation éventuelle entre certaines formes de ratage du fonctionnement social (le malaise social) et des symptomatologies « privées » auxquelles ont affaire les cliniciens.
  2. Vérification, par la confrontation aux données empiriques, de nos modèles et suppositions théoriques.

 

  1. Ateliers :
  • Le débriefing : Exercices en situation reconstituée
  • La médiation : Intervention en situation de conflit, Exemples concrets et exercices pratiques

 

Partenaires : SOS-PSY (ONG,Intervention en situation d’urgence, psychothérapies brèves, psychanalyse, médiation) ; REFLETS (approche systémique de l’exclusion sociale, insertion socio-professionnelle).

Après l’accomplissement d’un cursus complet, les étudiants auront la possibilité d’exercer en tant qu’intervenants au sein des organisations partenaires du CEPPA (tels l’ONG SOS-PSY).

 

Contacts :

Dr Fred Fliege (Directeur) : Tél. : 06 62 62 92 55, courriel : fred.fliege@gmail.com

Siège social : 110, avenue d’Ingril 34110 Frontignan

Tél. : 06 62 62 92 55

Email : fred.fliege@gmail.com