Fred Fliege

Communiqué de Presse

Dr Fred Fliege

Communication publique sur l’action de Sos Psy

 

  1. Cette conférence a été motivée par ma rencontre avec des personnes qui s’étaient ralliées pour des raisons personnelles à ce qu’il est convenu le DJIHAD.

 

  1. Le terme de Djihad est assimilé un peu au terrorisme, à mon avis de façon abusive et opportuniste ;

 

  1. Enfin, je me permets de répondre ici aux questions concernant mon propre parcours, et qui m’a amené à rejoindre SOS-PSY, et à prendre en charge un public dit « défavorisé ».

 

 

SOS-PSY

 

Les quatre volets thérapeutiques de SOS-PSY et les questionnements théoriques et praxéologiques qu’ils soulèvent.

 

  1. Intervention psychoclinique en situation d’urgence et in situ.

 

Traumatologie, victimologie, débriefing.

 

  1. Médiation : Ethique, méthodologie, les trois étapes indispensables.

 

a) Les compromis, b) les divergences irréductibles, c) les points d’accord (presque) évidents.

 

  1. Psychothérapies sans frontières : Le statut de la culture en clinique.

 

  1. Psychanalyse ici ou ailleurs : P ;ex. en terre d’Islam ou en pays bouddhiste.

 

 

SOS-PSY

 

Occupant la fonction d’ATER (attaché temporaire d’enseignement et de recherche, avec un contrat prévu pour deux ans) à l’Université Paul Valéry de Montpellier III, j’ai été destitué sans motif par mes collègues.

Il faut dire que le renouvellement de ma fonction dépendait alors de l’accord de Jean-Pierre Martineau. Mais, celui-ci sachant qu’il allait être destitué par ses pères, s’était absenté ce jour-là. Après avoir fait circuler la rumeur que j’étais son ami, il savait que j’allais définitivement perdre toute chance de poursuivre ma carrière, qu’on allait mettre mon éviction sur le dos de ses collègues, et qu’il avait ainsi fabriqué, en se servant de mon humble personne, un double martyr – ce qui allait lui permettre de montrer du doigt la Section de Psychologie clinique de Montpellier III.

 

MarkosZafiropoulos, dont j’avais été le premier doctorant, et dont j’avais pour ainsi dire légitimé la carrière (il avait alors 60 doctorants supplémentaires, ce qui est peu orthodoxe).

Alors que j’étais chercheur affilié au CNRS (Paris 7), et qualifié Maître de Conférences, il n’avait plus besoin de moi comme pion – susceptible de placer ses élus à Montpellier.

 

Zafiropoulos a attribué le poste qui m’était destiné à l’une de ses étudiantes les plus dociles, et m’a définitivement laissé tomber.

 

Je me suis alors exclusivement consacré à mon activité d’intervenant au sein de SOS-PSY que j’avais créé an 1998.

 

SOS-PSY

 

On peut se demander pourquoi une association qui a fait ses preuves depuis plus de quinze ans,

Et qui a fait des économies incalculables à l’état et à la Sécurité sociale

 

Peut déplaire autant à ceux qui détiennent le pouvoir.

Avant d’y apporter un début de réponse, il faut bien se garder de ne pas tomber dans une sorte de persécution, qui guette la plupart de ceux qui se sont vu écarter du « sérail ».

 

Dans ce que j’appelle le Sérail, je n’inclus non seulement les tenants de l’industrie pharmaceutique et leurs collaborateurs au sein du monde médical, ni les médecins véreux qui s’enrichissent en plongeant leurs patients dans une pharmacodépendance, ni seulement les politiciens malhonnêtes qui bénéficient de tout ce système aussi infâme que bien rôdé ; mais j’y inclus aussi tous les braves citoyens qui ne voient pas d’un bon œil que SOS-PSY s’occupe de sujets marginaux – qu’ils verraient mieux en prison ou dans un établissement fermé.

 

Ne voulant exposer SOS-PSY à des poursuites pour diffamation, je dois me contenter d’évoquer mes propres expériences au sein de cette association.

 

Voici l’une parmi les nombreuses anecdotes qu’on peut citer à propos des interventions de SOS-PSY :

 

Le 1er octobre 2012, je suis entré dans un squat dans les hauteurs de Lodève. Ils s’y trouvaient 12 squatteurs au lieu de 14, comme d’habitude. Les deux disparus étaient un Ukrainien qui se faisait appeler André (Andreji ?) et un Ghanéen qu’on appelait Mike.

 

A ma demande, on m’expliqua qu’il y avait eu une altercation entre des « flics » (des « Gendarmes mobiles » qui omettaient de préciser la juridiction dont ils dépendaient), qu’ils avaient menacé tout le monde de leurs armes, en leur disant de « fermer leur gueule ». La raison en aurait été que les squatteurs auraient protesté contre le fait que ces gendarmes avaient, deux jours avant, torturé sévèrement (brûlures de cigarettes, hématomes, doigts cassés, etc.) deux filles croates clandestines, qu’ils avaient coutume de violer régulièrement (sans trop les torturer), comme les autres clandestines du squat.

 

Tous se turent sauf les deux squatteurs susmentionnés (clandestins). Les Gendarmes les auraient amenés loin, on aurait entendu leurs cris de douleur qui se seraient tus après le claquement des portières, puis, on n’aurait plus jamais entendu parler d’eux. Après des renseignements pris, ils ne seraient jamais arrivés dans aucun Poste de Police ou de Gendarmerie. Les squatteurs supposent qu’ils se seraient fait liquider purement et simplement, d’autant plus que, clandestins, ils n’auraient aucune existence officielle en France.

 

Par ailleurs, ceci ne serait pas la première affaire d’ »élimination » de clandestins, les Forces de l’ordre se livrant – d’après les clandestins – régulièrement à ce type d’activité.

 

Missions en Thaïlande

Le langage, notre moyen habituel de communication, me paraît manquer parfois de force et de justesse pour restituer la réalité subtile et complexe de certains aspects des médiations que j’ai dirigées à Yala.

 

Les mots semblent alors souvent imprécis, trop inconsistants pour dépeindre cette expérience dans le Sud de la Thaïlande.

 

Ils suffiront, au mieux, à évoquer de façon approximative une épreuve déstructurante, poignante et pourtant gratifiante.

 

Exil

 

Depuis quatre ans, je parcourais le monde, à la recherche d’un gagne-pain à peu près satisfaisant.

 

Chercheur en psychologie clinique à l’Université et au CNRS, j’avais mis beaucoup de temps avant de comprendre que ma titularisation, à laquelle je pouvais pourtant prétendre, m’avait été refusée.

 

Absorbé par l’intérêt de mes patients et mes investigations, je n’avais pas imaginé les sinistres calculs et les ambitions carriéristes dont la plupart de mes pairs avaient fait preuve à mon endroit.

 

Missions ardues

 

Il y a tout juste un an, on m’envoya pour la première fois en Thaïlande.

 

J’y fuschargé de former mes homologues locaux aux techniques de médiation, de superviser les tractations avec les insurgés du Sud, et de mettre en place une antenne de SOS-PSY à Bangkok, à Phuket ou à Pattaya.

 

J’étais aussi censé dispenser des soins psychologiques aux étrangers en détresse, et fonderune clinique en association avec mes collègues thaïs.

 

Mes associés français et moi avions créé, pour l’occasion, une succursale de SOS-PSY, appelée SOS-PSY Asia.

 

Après trente heures d’un vol éreintant, je descendis d’un Airbus de Korean Air à Phuket, un 29 décembre à minuit vingt.

 

A l’atterrissage, la température extérieure était de 35C°.

 

A la sortie du hall de l’aéroport, je fus accueilli par deux envoyés officieux du gouvernement, qui se présentèrent comme Tim et Mannoun.

 

Sans s’étendre sur des détails, ils m’escortèrent à Yala, où j’étais supposé initier mes confrères aux méthodes de médiation.

 

Dès notre arrivée le lendemain soir, je compris que ma mission ne se limiterait pas à l’instruction de futurs médiateurs.

 

Nous débarquâmes au beau milieu d’une fusillade, quand l’un de mes accompagnateurs me colla un mégaphone dans les mains, et m’enjoignit de chercher à calmer les protagonistes de la mêlée.

 

Sachant d’expérience que la fermeté et la sérénité étaient la clé de toute négociation, je demandai aux combattants un « bref cessez-le-feu pour me laisser dire quelques mots ».

 

Ainsi, ce fut dans le feu de l’action que je dus dispenser leur première leçon à mes futurs élèves.

 

Je criai qu’il valait mieux accepter de m’écouter pendant quelques minutes que de nous entretuer un par un, et pour rien.

 

A mon étonnement, les armes se turent presque instantanément.

 

Réussissant à surmonter mon appréhension, je profitai du calme soudain pour expliquer mon rôle et mes intentions à l’assemblée.

 

J’expliquai  qu’il s’agissait, pour chacune des parties, de dresser une liste des points d’accord possible, des divergences irréductibles – et avec lesquelles il fallait vivre – et celles susceptibles de faire l’objet d’un compromis.

 

Quand j’eus terminé, je retins mon souffle, certain d’être abattu d’une rafale d’AK 47.

 

Mon discours fut suivi d’un long silence.

 

Je finis par apercevoir, à côté d’une maison en ruines, un homme à l’air calme, sérieux et intelligent, appuyé négligemment sur une mitraillette.

 

Portant un kaftan blanc et un turban noir, il me paraissait être l’un des leaders des insurgés.

 

Sentant qu’il ne fallait pas laisser passer le moment de grâce, j’avançai vers lui. Quand mes escorteurs m’emboîtèrent le pas, les rebelles en face levèrent leurs armes.

 

Je me retournai vers les gouvernementaux, et leur demandai « un instant en tête à tête » avec « celui qui avait l’air de contrôler la situation ».

 

Ils se résignèrent en maugréant.

 

Je m’approchai du chef présumé, le saluai à la façon musulmane en me frappant le cœur après lui avoir serré la main.

 

Je fis « Salammalaïkum, mynameisFred », et il me répondit « malaïkumSalam, I am Ali ».

 

Je lui révélai que j’appartenais au groupe d’intervention psychologique SOS-PSY, une ONG française. Son visage s’éclaira, et il me dit qu’en France, vingt pour cent de la population étaient musulmans.

 

Sur le coup, il me parut peu opportun de rectifier l’estimation hasardeuse.

 

Je lui proposai de nous asseoir pour noter par écrit les revendications de son groupe d’insurgés.

 

Il répliqua que ce n’était pas grand’ chose : « La reconnaissance de l’islam comme l’une des religions officielles de la Thaïlande, une station radio et un programme télévisé pour les musulmans ».

 

Puis, il appela un jeune garçon qui consigna, en malais et en thaï, ce qu’il lui dicta.

 

Conscient du fait que le moment était propice à un rapprochement des parties, je demandai à Ali si je pouvais faire venir les deux délégués gouvernementaux.

 

Il acquiesça en fronçant les sourcils, et je fis signe aux intéressés de se joindre à nous.

 

Après une longue conversation en thaï, à laquelle je ne compris rien, Ali me dit que le gouvernement faisait la sourde oreille.

 

Je demandai alors à mes acolytes de téléphoner illico à leurs supérieurs pour les informer de la situation tendue, et surtout de la possibilité – peut-être unique – de la dénouer.

 

En effet, il me sembla qu’il ne fallait pas perdre une minute pour saisir cette occasion, qui s’offrait à nous, de résoudre un conflit aussi sanglant qu’absurde.

 

Ce fut Tim qui se chargea de donner le coup de fil.

 

Il parla, pendant de longues minutes, la figure crispée. Tout d’un coup sa mine s’éclaira.

 

En raccrochant, et prononça « dii mark » (« très bien »).

 

Il ouvrit sa mallette, et en sortit deux imprimés (en thaï, en malais et en anglais), du papier blanc et un stylo.

 

S’ensuivit un débat – dont Ali me traduisit la teneur – pour savoir s’il fallait rédiger d’abord les concessions gouvernementales ou les conditions et les modalités du cessez-le-feu.

 

Je m’adressai alors à mes accompagnateurs pour leur signifier qu’Ali me paraissait être « un homme de confiance », et qu’il était prioritaire de co-signer le protocole des approbations officielles.

 

Et, alors que l’objectif des tractations était assez simple, les discussions au sujet de la formulation exacte des traités se poursuivirent jusqu’au lendemain après-midi.

 

Epuisé, je finis par m’assoupir sur une natte en bambou.

Je sursautai quand Tim toucha mon épaule.

 

Il me tendit une tasse de café brûlant que j’avalai en quelques lampées avant de revenir à moi-même.

 

A moitié endormi et complètement ankylosé, je parvins à me lever péniblement, tout en me préparant mentalement à la reprise des négociations.

 

Cependant, à ma surprise, Tim me fit un clin d’œil, et dit : « Paï ! » (« on y va »).

 

Encore engourdi, je serraides dizaines de mains, autant de civils que de rebelles et de militaires, avant de tituber aux côtés de Tim et de Mannoun vers l’avion qui nous avait amenés à Yala.

 

Dès que nous eûmes embarqué, Tim m’annonça fièrement que notre opération de conciliation venait de connaître un franc succès.

 

Mannoun alla jusqu’à me complimenter pour « avoir eu le courage d’initier le processus de paix ».

 

Je protestai pour la forme.

 

Brandissant trois feuillets, il m’informa qu’ils étaient, pendant que je dormais, « parvenus à élaborer et à faire signer un traité de paix et des accords bilatéraux » qui mettraient définitivement fin aux hostilités.

 

En parcourant le résumé anglais des engagements mutuels, je considérai l’ultime réussite de mes partenaires comme le gâteau sous la cerise.

 

Ce fut à mon tour de féliciter mes compagnons de la ténacité dont ils avaient fait preuve pour réaliser cette entente.

 

Tim avoua ne pas y avoir cru avant d’avoir entendu l’assentiment de ses supérieurs, et vu, de ses yeux, les rebelles accepter le cessez-le-feu.

 

Aprèsl’atterrissage à Phuket, nous contrevînmes à la pudeur thaïe en nous embrassant pour les adieux.

 

Je quittai seul le petit appareil qui allait emmener mes coéquipiers à Bangkok.

 

Dans le hall de l’aéroport, je fus accueilli par un jeune homme, au corps athlétique et couvert de tatouages.

 

Tout en déclinant prestement sa nationalité – française -, son prénom et son patronyme – José Genlis -, et sa fonction -agent d’une grosse compagnie d’assurances -, il m’expliqua qu’il était chargé d’orienter vers des professionnels de la santé les voyageurs « souffrant de troubles organiques ou psychiques ».

 

Sans même me laisser le temps de me présenter à mon tour, il se contenta de me demandersi j’étais bien « le psychologue envoyé de France ».

 

Je hochai la tête, et il m’expliqua que ma mission courante consistait à prendre en charge des Occidentaux (« Farangs ») en perte de repères, dans la ville de Patong, au sud-ouest de l’île de Phuket.

 

Précisant qu’il avait à faire à Phuket ville, il me pria de me trouver à me loger à Patong. Il me remit sa carte, et me pria de l’appeler le lendemain à midi.

 

Dans les heures qui suivirent, je compris que, contrairement à ce qu’on m’avait raconté en France, rares étaient les Thaïlandais dont l’anglais dépassait les rudiments élémentaires.

 

Le lendemain, dans un petit resto, je fis la prodigieuse expérience, à la fois rude et fascinante, de la cuisine thaïe, exquise mais épicée à ressusciter un mort.

 

Je sortis de la guinguette, en nage et tentant vainement de soulager ma gorge irritée en aspirant, à grandes goulées, l’air humide et chaud.

 

Quand je téléphonai à José, il m’informa qu’il allait m’adresser une dizaine de patients, auxquels il avait déjà transmis mon numéro de mobile.

 

A peine une demi-heure plus tard, je reçus les premiers appels.

 

Durant les semaines qui suivirent, j’accomplis sept à huit interventions psychologiques par jour, auprès d’un public étranger, mais aussi auprès de deux filles thaïes.

 

Parmi les patients étrangers, se trouvait un Français prénommé Edouard.

 

Je le trouvai dans un état quasi catatonique à son hôtel où il végétait depuis plusieurs jours.

 

Il me fallut des trésors d’ingéniosité pour lui inspirer un minimum de confiance et pour l’amener à parler.

 

Il souffrait de ce qu’on aurait pu prendre pour un simple chagrin d’amour s’il n’avait pas été doublé d’une véritable confusion mentale.

 

Edouard me raconta sa brève et bouleversante aventure avec une fille thaïe, Wan.

 

Dans un premier temps, elle lui avait certes demandé de l’argent pour des services sexuels rendus.

 

Cela n’avait pas suffi à lui mettre la puce à l’oreille.

 

Son aveuglement à l’égard de l’attitude – pourtant limpide – desa copine me parut déterminé par une multiplicité de facteurs, autant passés que présents.

 

D’une part, l’histoire familiale du patient révélait des carences affectives majeures, susceptibles de fonder sa propension à s’attacher pour ainsi dire à la première venue.

 

Par ailleurs, Wanlui avait déclaré, sur un ton sincère, qu’elle voulait être sa « femme pour toujours ».

 

Edouard, fou amoureux, n’y voyant que du feu, avait refusé d’admettre la réalité criarde de cette relation intéressée.

 

Après quelques jours seulement, il avait accepté de l’épouser.

 

Il s’étaitaussitôt apprêté à aller récupérer, à Paris, les documents nécessaires pour se marier avec Wan.

 

Au moment de partir, il avait appris que son vol était annulé en raison du blocage, par des adeptes de Taksine (un Ministre exilé), de l’aéroport de Bangkok.

 

Se sachant contraint de rester en Thaïlande, il avait décidé de prolonger son séjour à Patong.

 

Insouciant et le cœur léger, il s’était rendu à son bar habituel, le « F.B.I. ».

 

Ç’avait été alors que le choc s’était produit.

 

Il avait aperçue Wan en train d’embrasser passionnément un inconnu.

 

Sans demander son reste, Edouard s’était trouvé un autre hôtel.

 

Il y sombrait depuis dans un désespoir noir, recroquevillé sur lui-même, dans l’angoisse et la tristesse.

 

Il me raconta qu’au réveil, il souffrait d’amnésies allant jusqu’à l’oubli de son propre nom, et qui le plongeaient dans des angoisses insoutenables.

 

Puis, quand le souvenir lui en revenait enfin, il ne retrouvait pas vraiment son sentiment d’identité.

 

En termes psychologiques, il présentait un syndrome de dépersonnalisation.

 

Je m’employai à soigner Edouard au moyen d’une psychothérapie brève, à une raison de deux heures par jour durant deux semaines.

 

Pendant ce traitement par la parole, je ne lézardai ni sur l’empathie, ni sur l’implication personnelle.

 

Au cours dusuivi clinique, Edouard se réappropria progressivement sa place de sujet, ce qui se traduisit notamment par le recouvrement de son sens de la réalité et de son amour-propre.

 

J’éprouvai une grande joie en constatantqu’il avait retrouvé son équilibre mental et sa joie de vivre.

 

Quelques jours après la fin de la thérapie, je rencontrai Edouard dans la rue.

 

Il me raconta qu’il s’était mis à « papillonner », à la fois pour gagner davantage de respect pour lui-même, mais aussi pour « donner des leçons aux filles qui n’hésitaient pas à jouer sur les sentiments d’autrui pour se remplir les poches ».

 

Ce faisant, il aurait « brisé quelques cœurs ». Ce fut avec des sentiments mêlés, quant aux effets secondaires de notre travail thérapeutique, que je lui dis au revoir.

 

 

Ainsi, parmi les victimes de l’amour – ou, plutôt, du manège dédaléen entre tendresse monnayable, devises trébuchantes et passions parfois réciproques et authentiques – figuraient aussi des prostituées.

 

L’histoire de l’une d’entre elles, Goï, m’apparut comme particulièrement saisissante.

 

Six ans auparavant, elle s’était mariée avec Sven, un Norvégien – selon une formule alors fort en vogue en Thaïlande, c’est-à-dire en grands pompes mais sans la moindre trace d’acte officiel.

 

Profondément éprise d’un époux auquel elle avait été entièrement dévouée, elle lui avait « tout donné ».

 

Après deux ans de bonheur sans nuages, elle avait reçu un appel de son mari, en déplacement à Pattaya.

 

Il lui avait annoncé, de but en blanc et sur un ton désinvolte, qu’il avait rencontré une fille de vingt ans, de dix ans la cadette de Goï.

 

Elle n’avait plus jamais entendu parler de lui.

 

Goï avait vainement tenté de refaire sa vie avec d’autres hommes, avant de s’adonner à nouveau à la prostitution, puis de sombrer dans l’alcool.

 

Si, au début, elle avait sollicité mon aide, elle se montra assez réfractaire à l’égard du procédé psychanalytique.

 

Lors de l’entretien préliminaire, elle me posa quantité de questions, assez pertinentes, sur cette méthode thérapeutique.

 

Je m’efforçai d’y répondre de façon aussi claire et aussi concise que possible.

 

Elle me parut avoir assez bien saisi un postulat fondamental de la psychanalyse, à savoir l’existence d’un inconscientqui refusait leur statut de passé à certains événements – en raison de leur impact traumatique – appartenant précisément au passé.

 

En ceci, l’approche psychanalytiquelui paraissaitcontredire et défier une maximethaïe essentiellequ’elle résumait comme « hier, c’est hier ».

 

Or, dès notre deuxième entrevue, elle découvrit – sur elle-même, à son étonnement et pour ainsi dire malgré elle – les bienfaits de la parole.

 

Au fur et à mesure des séances, Goï parvint à restituer ses responsabilités à chacun des protagonistes de son histoire, et surtout à elle-même.

 

Elle finit par arrêter de boire, et recouvrit en partie ce qu’on pourrait désignercomme le respect de soi.

 

En fin d’un suivi clinique de trois semaines, je me refusai de parler de rémission complète.

 

Peut-être était-ce dû à la gravité des symptômes, aux réticences persistantes de la patiente ou encore à la brièveté du traitement, toujours fut-il que notre travail n’aboutit qu’à un succès thérapeutique partiel.

 

Cependant, Goï n’ignorait plus les effets bénéfiques de la verbalisation.

 

La clinique

 

Je venais de terminer l’une de mes missions à Yala, comme médiateur entre les civils de religions et d’ethnies diverses, les insurgés musulmans, et l’armée thaïlandaise.

 

Lors d’un débriefing avec mes interlocuteurs officiels, un médecin m’apprit que, pour qu’une ONG puisse œuvrer en Thaïlande, c’était l’ambassade française, et nullement les autorités thaïlandaises, qui était supposée délivrer le visa à son représentant.

 

Je tombai des nues. On était donc de retour à l’époque coloniale, et qui plus était, dans un pays qui avait su se soustraire à la colonisation !

 

A mon retour à Patong, un médecin hongrois, Nagy, me proposa de m’associer avec lui pour ouvrir une clinique. Il ambitionnait d’associer psychothérapies et approches corporelles.

 

L’une des amies de Na qui voulait surtout éviter que je ne dépensasse mon argent ailleurs que dans son cercle d’amis, me dit qu’il s’agissait d’un « gangster ».

 

Elle me présenta à Khing, l’une de ses amies et patronne d’un salon de massage.

 

Khing m’exhorta à laisser tomber l’affaire avec Nagy, et ajouta qu’elle me trouverait dix associés sérieux dès le lendemain.

 

Pendant plusieurs semaines, j’attendais vainement qu’elle tienne sa promesse.

 

Je la relançais quotidiennement, mais elle comprenait moins bien l’anglais que je ne l’avais cru. De plus, elle préférait plaisanter plutôt que parler affaires.

 

Pourtant, elle me témoignait une grande amitié et une gentillesse hors pair.

 

Nan, la collègue de Khingdonnait un nombre incalculable de coups de fil, tous les jours et souvent de longues heures durant, afin de m’éviter des tracasseries administratives et des frais inutiles.

 

Elle se souciait et se décarcassait pour moi, et ne ménageait aucun effort pour m’aider.

 

Mes amis thaïs me montraient une magnanimitéprodigieuse, m’exhortant à ne pas me tourmenter, et m’assurant constamment que tout se passerait au mieux.

 

Malgré ces recommandations bienveillantes, je ne voyais pas comment je rester serein sans prendre de mesure concrète pour faire avancer les choses.

 

Mes interlocuteurs m’escortaient partout, convaincus que notre tâche se limitait à repérer un endroit susceptible d’accueillir une clinique.

 

De plus, ne saisissant qu’un mot sur vingt de ce que je leur expliquais, ils ignoraient tout des milieux psychologique et médical de Patong.

 

Ils ne comprenaient ni l’importance de faire vite, ni les enjeux dramatiques, pour nos patients, de commencer à travailler.

 

Mes interlocuteurs m’escortaient partout, convaincus que notre tâche se limitait à repérer un endroit susceptible d’accueillir une clinique.

 

De plus, ne saisissant qu’un mot sur vingt de ce que je leur expliquais, ils ignoraient tout des milieux psychologique et médical de Patong.

 

Ils ne comprenaient ni l’importance de faire vite, ni les enjeux dramatiques, pour nos patients, de commencer à travailler.

 

Mais, ce ne sera que partie remise.

 

Grâce à ma rencontre avec la culture thaïe – qui m’a montré que rien ne valait la passion de l’autre – mon chemin commence à sortir de l’obscurité et de l’illusion.

 

 

SOS-PSY, Fred Fliege, ouvrages traitant de psychologie

 

– Destin thaï – Mission en eaux troubles (Roman)

Editions Bamboo-Sinfonia, 2010, Bangkok (Thaïlande).

 

– Leçon thaïe (Roman)

Editions Bamboo-Sinfonia, 2010, Bangkok (Thaïlande).

 

Saison thaïe (Roman)

Editions Publibook, Paris, 2012

 

De bonne famille (Roman)

Editions Publibook, Paris, 2013

 

Psychanalyse et psychose

Editions TheBookEdition, Lille, 2013.

 

Les « scotchés »L’épreuve hallucinogène

Editions TheBookEdition, Lille, 2013.

 

– Chez les scotchés – Violence et lien social

Editions TheBookEdition, Lille, 2013.

 

Malheur dans la cité – La tentation terroriste

Editions TheBookEdition, Lille, 2013.

 

 

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