Fred Fliege

De bonne famille, Fred Fliege, 1er extrait :

De bonne famille

Fred Fliege

1er extrait :

 « Une détresse morale intolérable – m’ayant conduit à la marginalisation, à l’errance et à une solitude profonde – m’a incité, voici quelques années, à écrire.

Ce travail m’a amené à faire un retour sur moi-même, et à rechercher les origines de ma souffrance.

Je tiens à m’excuser, auprès du lecteur, d’ores et déjà de l’aspect parfois décousu du récit qui va suivre.

Je ne peux qu’espérer qu’il n’en sera pas, d’avance, découragé.

Il se peut que la permanence de certains effets indigestes d’une violence subie précocement, trop intense et prolongée, ait contribué à la présentation quelquefois désordonnée de ce témoignage romancé.

Il me semblait inutile de relater ici tous les événements tristes qui emplissaient, ou plutôt détruisaient, mon enfance et mon adolescence, sans me laisser la moindre chance, et sans me procurer le moindre enseignement à l’égard de l’existence.

Seuls certains de ces incidents me paraissaient mériter d’être signalés dans ce récit, afin de permettre au lecteur de comprendre mes péripéties ultérieures, autrement inconcevables.

Je suis convaincu qu’il existe des tourments qui nous poursuivent notre vie durant, quoi que nous fassions, comme une adversité inéluctable, comme une malédiction.

C’est ce que l’argot désigne par avoir « la poisse » ou « être greffé sur un concombre », et c’est certainement ce que Freud définissait comme une névrose de destinée.

Pour certains, ce sont les pannes de voiture, les déboires avec les garagistes et autres escrocs, les administrateurs désabusés, les magistrats véreux ou les discoureurs à l’haleine fétide qui, comme des parasites insatiables, vous collent à la peau.

Pour d’autres ce sont les rencontres funestes, la déveine en amour, au travail ou au jeu. Pour moi, c’était l’abandon, la violence et le mensonge, encore et encore.

Je pense avoir toujours recherché, et parfois rencontré, l’amour, l’amour doux et tendre, l’amour fou et entier, rarement heureux.

Ce fut précisément ma quête d’affection qui finit par me piéger, obstruant mon chemin déjà ardu.

Je récoltais invariablement, dans le cortège de ma recherche de tendresse, le ressentiment et la colère.

Les raisons premières qui me motivèrent à me révolter contre le sort, et à me chercher au travers de l’écriture, relevaient d’une adversité indéfiniment réitérée, du retour constant de la trahison.

Cependant, ce n’étaient pas seulement mes échecs fréquents et cuisants dans le couple, mais aussi ceux dans l’engagement social et mon impuissance chronique à me faire entendre, fut-ce par mes proches ou par les représentants de la Loi, qui m’incitèrent à opter pour cette voie. »

2 thoughts on “De bonne famille, Fred Fliege, 1er extrait :

  1. Ces qqs lignes sont bouleversantes. Je vais me jeter dessus,
    c’est le genre d’écriture que j’aime: certes du style, mais surtout
    du vrai !

  2. C’est un excellent livre; je l’ai lu d’une traite;
    quelle expérience , la lecture m’a paru
    comme un voyage, un exploit mais aussi une joie
    incroyable; a lire absolument

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