Fred Fliege

Phénomènes des scotchés, Troisième intervention en psychanalyse par le Docteur Fliege

Phénomènes des scotchés

Psychopathologie de l’expérience hallucinogène, diagnostique et traitement analytique

Les « scotchés »

Recherche psychanalytique sur l’usage d’hallucinogènes

Préambule aux publications, sous forme de vidéoconférences et d’ouvrages scientifiques rédigés par le Docteur Fred Fliege, sur la consommation de drogues hallucinogènes :

Cette série d’investigations a pour objectif d’établir une articulation psychanalytique des troubles consécutifs à l’usage d’hallucinogènes.

Ces substances, et surtout le LSD-25, constituaient le principal support psychoactif du
mouvement psychédélique des années 1960, mais, au cours des années 1980, leur usage systématique diminuait dans tous les groupes sociaux.

Cependant, à l’heure actuelle, cette consommation connaît un essor inédit, dépassant largement celui des années 1960 et 1970 (qu’elle concerne des produits naturels, tels les psilocybes et le peyotl, ou synthétiques, tels le LSD et ses dérivés, des drogues de synthèse ou « designer drugs »).

A côté des anciens motifs d’initiation et de révolte contre l’ordre établi, l’on retrouve de plus en plus fréquemment une dimension récréative et solitaire.

Si l’absorption de ces drogues est actuellement en recrudescence, en revanche aucune recherche psychologique (mise à part l’investigation ici présentée) quant à la nature de ces troubles n’a été accomplie à ce jour.

Hormis dans les travaux du Dr Fliege, le terme «scotché» n’est cité qu’une seule fois dans la littérature scientifique, à savoir par Ph. Birgy (37), p.176), selon qui «rester prisonnier d’une hallucination due à la drogue (…) «rester scotché », [c’est] voir sa santé mentale durablement perturbée».

Le symptôme du « scotchage »

Se déclarant eux-mêmes « scotchés », ces sujets expliquent qu’« ils ne sont jamais redescendus d’un bad trip ». Si leurs symptômes se différencient de façon individuelle, en
revanche, ils montrent aussi une homogénéité surprenante. Les patients font état d’« une impression d’irréalité » ou de celle d’« avoir perdu leur sentiment d’identité ». Ils se disent invariablement « envahis de pensées harcelantes ».

Ces manifestations pathologiques s’apparentent, à première vue, à un syndrome défini par Gaëtan de Clérambault (qui, sans être psychanalyste, est réputé avoir été le «maître de Lacan»), celui de l’automatisme mental.

Le diagnostic du “petit automatisme mental”, par opposition à celui du “grand automatisme mental” (qui comporte un caractère sensoriel), repose sur l’aspect non sensoriel du phénomène.

Or, le statut des manifestations idéo-verbales serait nécessairement transitoire, puisque ces phénomènes sont considérés comme “primitifs dans le déclenchement de la psychose”.
Toutefois, chez aucun des sujets ici présentés, on n’a pu observer une évolution de ces troubles, dont les modalités semblent s’être stabilisées depuis la phase du «retour» (succédant immédiatement au point culminant du « voyage »).

Dans une optique dynamique, on peut se demander si le développement morbide ne s’est pas arrêté, en quelque sorte à mi-chemin, dans son déroulement (inexorable selon Clérambault) vers une issue psychotique.

Symptôme et structure

Si la combinaison des traits morbides ici repérés correspond à une cohésion symptomale permettant d’identifier ces troubles, à l’exclusion d’autres pathologies, les données empiriques tendent à valider l’hypothèse d’une formation pathologique spécifique.

L’expérience hallucinogène semble entraîner, chez le sujet, un franchissement des frontières psychiques, correspondant à une levée de la barrière du refoulement et se traduisant notamment par un envahissement du conscient par des données inconscientes.

Résultats thérapeutiques

On s’aperçoit tout d’abord que, lorsque la déconstruction topologique est prise en charge par une logistique thérapeutique appropriée, elle s’avère réversible.

D’autre part, si la procédure thérapeutique ne permet pas nécessairement de retrouver une situation psychique analogue à celle précédant l’expérience, en revanche, elle implique une élaboration symbolique d’espaces jusque-là inaccessibles au signifiant.

Par conséquent, paradoxalement, l’épreuve (lorsqu’elle est suivie d’une prise en charge thérapeutique spécifique), résulte fréquemment en un mieux-être, de surcroît, à l’égard de l’état psychique antérieur – sans que l’on puisse pour autant, étant donné le risque pathogénique lié à la prise d’hallucinogènes, aller jusqu’à en conseiller l’usage, fût-ce à des fins thérapeutiques.

Enfin, la disparition des troubles à l’issue de la thérapie semble conforter les hypothèses respectives de la pathogénie spécifique – i.e. quant à l’atteinte sélective des défenses névrotiques, occasionnée par l’épreuve hallucinogène – et de la réversibilité des effets d’un
déclenchement forclusif – supposant à son tour la relativité structurelle et la distinction formelle entre sujet et structure.

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